L'analyse : Obama et le plan de relance

Mi-septembre, le président américain à annoncé un plan de relance de 447 milliards de dollars. Ce plan semble se décomposer en 10 parties :

-          175 milliards de diminutions de prélèvements obligatoires payés par les salariés

-          65 milliards d’allègements de charges pour les PME

-          50 milliards pour les infrastructures de transport

-          49 milliards pour les allocations chômage

-          35 milliards pour le maintien de postes dans la fonction publique

-          30 milliards pour la modernisation d’écoles publiques

-          25 milliards pour d’autres infrastructures (bâtiment par exemple)

-          8 milliards pour les entreprises embauchant des chômeurs de longue durée

-          5 milliards pour les chômeurs sous-qualifiés

-          5 milliards d’aide à l’embauche pour les entreprises

 

S’agit-il d’un coup de génie, ou d’une fuite en avant ?

En premier lieu, il est opportun de noter que ce plan de relance a pour objectif d’améliorer la situation actuelle de l’économie américaine en termes de croissance et d’emploi, situation qui fait suite à un plan de relance de 825 milliards de dollars en 2009 (voté en janvier 2009 – plan qui prévoyait 365 milliards pour les infrastructures, 275 milliards de baisses des prélèvements obligatoires et 185 milliards d’aide aux chômeurs). Il est donc légitime de s’interroger sur une méthode qui a manifestement échoué une première fois.

 

L’analyse de ce plan s’articule globalement, en termes de méthode, sur deux axes :

- L’État renonce à 253 milliards de recettes

- L’État augmente ses dépenses de 194 milliards

 

En outre, d’un point de vue de l’allocation, c’est trois axes forts qui se dégagent :

- 78 milliards en faveur des entreprises (dont 10 milliards à titre de diminution du coût du travail)

- 105 milliards dans les infrastructures (dont 30 milliards – les écoles – valorisables à long terme)

- 264 milliards d’aide à la consommation.

 

L’idée générale, comme tout plan de relance, est d’obédience keynésienne : augmenter la demande privée ou publique, afin de relancer la production et donc l’embauche.

En outre, les mesures en faveur des entreprises visent à augmenter la compétitivité de ces dernières, avec des effets positifs soit en termes de comparaison internationale, soit en termes d’investissement.

Toutefois, il semble utile de rappeler que dans l’approche keynésienne, l’accent est mis sur l’investissement, ce dernier, s’il correspond à un besoin de l’économie, profitant à tous les acteurs économiques et produisant ainsi ( entre autres causes) un effet multiplicateur. Il est donc dommage que ce plan, d’un point de vue keynésien, ne soit pas des plus efficaces, les investissements ne représentant au mieux que 23.5% du total. En ôtant la modernisation des écoles, qui profitera essentiellement à la génération suivante, les investissements susceptibles de générer, à court ou moyen terme, un effet multiplicateur important ne s’élèvent qu’à 16.8% du total.

Le soutien à la consommation est moins efficace, car l’effet multiplicateur est faible, et une partie ira soutenir l’épargne et l’économie chinoise.

Ce plan n’est donc pas le plus efficace, dans un raisonnement keynésien, si l’objectif est de relancer l’économie à court terme.

Il s’agit donc a priori d’une fuite en avant, au travers d’un plan supplémentaire dont le résultat ne peut a priori qu’être moyen voir nul, et ce sans compter toutes les études économiques montrant l’inefficacité des plans de relances, à moyen terme, tant du point de vue inflationniste que budgétaire.

Naturellement, et la théorie économique le met en évidence depuis les années 1970, un plan de relance doit être financé. Si le financement de ce plan de relance reste encore peu précis, la moitié devrait être assurée par des hausses d’impôts. En outre, nous savons que les USA prévoient un plan d’économie de 1'100 milliards en 10 ans, soit 110 milliards par an en moyenne. L’effort de réduction du déficit 2012 devrait se monter plus de 500 milliards avec au moins 220 milliards de hausses d’impôts.

 

En bref, la situation globale risque donc d’être la suivante :

- L’État renonce à 253 milliards de recettes, dans la cadre du plan de relance

-L’État augmente ses recettes de 220 milliards, dans le cadre de la réduction du déficit

- L’État augmente ses dépenses de 194 milliards, dans le cadre du plan de relance

- L’État diminue ses dépenses de 280 milliards dans le cadre de la réduction du déficit

 

En bref, ce qui est donné d’une main est repris par l’autre, le solde étant négatif (diminution totale de 119 milliards de la capacité budgétaire). Notons en outre le décalage temporel entre le vote du plan de relance et ses effets opérationnel : le déploiement effectif est susceptible d’attendre 2013.  

Il y a tout de même quelques effets positifs, notamment les allègements de charges pour les PME (toujours efficaces) et la réallocation de certaines dépenses de fonctionnement vers des dépenses d’infrastructures. Mais ceci n’a pas la mesure d’un « plan de relance » et relèverait plutôt d’un « plan de réallocation ».

Il s’agit donc d’un coup de génie, Obama ayant donné suite à toutes les demandes : oui à un plan de relance pour ceux qui souhaitait un soutien aux investissements et à la consommation, oui à ceux qui souhaitait un plan d’austérité pour l’équilibre budgétaire, oui à ceux qui souhaitaient des interventions visant à rassurer les marchés (du moins à court terme). Ce qui est génial, c’est d’annoncer, de faire sous un vocable, et de défaire sous un autre. Enfin un politicien qui tient toutes ses promesses.

 

 

Posté le 3 October 2011 à 12:11 par François Meylan
Catégories: Actualité, Economie, Philippe Paoly | Tags: Obama, Plan de relance, Plan pour l'emploi


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Posté le 4 October 2011 à 13:50 par Walter

Monsieur Paoly, bravo pour cette analyse toujours aussi fine.

Amicalement